Contrat quadriennal 2010-2013


Contractualisation vague D 2010-2013
Projet de recherche
Unité de recherche 
EA 929 AIHP-GEODE
Archéologie Industrielle, Histoire, Patrimoine
-
Géographie, Développement, Environnement de la Caraïbe



1. Le cadre général de la recherche : Les Identités caraïbes

De part et d'autre du tropique du Cancer et du détroit du Yucatán, qui sépare la péninsule mexicaine de la partie occidentale de Cuba, s'ouvrent le golfe du Mexique au nord, la mer des Antilles (ou des Caraïbes) au sud. Entre Nord et Sud, entre insularité et continentalité, 34 États et territoires sous tutelle se partagent cette vue sur la mer, à l'exception du Salvador. Cet ensemble partage cette centralité marine et cette référence commune aux premiers occupants, les Indiens Caraïbes, qui ont laissé leur nom à cette région. La configuration d'ensemble de ce bassin masque de profonds contrastes de développement humain et économique qui justifient aussi pleinement le terme de méditerranée et des travaux de recherche à mener par les membres de AIHP-GEODE.

Cette personnalité géographique est en interaction avec une originalité historique profonde qui donne son unité culturelle à la région, dans cet ensemble plus vaste qui appartient à ce qu’on appelle l’Amérique des plantations.

Ce monde binaire bâti sur de rigides catégories ethniques et juridiques opposant le maître blanc à l'esclave de couleur ou à l'affranchi a laissé un héritage encore omniprésent, quels qu’aient été les modes d'abolition de l'esclavage, et la manière dont les sociétés ont vécu cette mutation – dans la théorie, interdiction de l'identification des individus en fonction du nuancier épidermique dans les îles françaises dès 1833, avant même l'abolition, et dans la pratique "préjugé de couleur", et dans les terres anglo-saxonnes division officielle de la société en fonction de la race, à quoi le "communautarisme" actuel diffusé par les Etats-Unis donne une force nouvelle. Culturellement, il s'agit de mondes où à un modèle dominant, européo-centré, s'est progressivement substituée une originale création identitaire, où à partir d'éléments séparés (les Amérindiens, les Européens, mais aussi les derniers migrants du XIXe siècle, bien proches du travail forcé d'avant l'abolition, les Indiens, les Chinois, les Africains…) a émergé une façon de se représenter le monde à la fois toujours distincte mais aussi profondément symbiotique. Processus d’adaptations et de créations, c’est ce que l’on appelle la créolité, issue du processus de créolisation.

2. Thème 1 : Territoires et sociétés, emprises spatiales (des Amérindiens à nos jours), intégrations régionales et disparités

Ce thème privilégie la longue durée depuis les premiers temps de l’installation des Amérindiens jusqu’au monde caribéen d’aujourd’hui. Celui-ci possède une très forte unité par bien des aspects, surtout par les liens qui existent entre un héritage historique très spécifique (l’esclavage, les populations de couleur et la domination) et une géographie matrice de cette histoire qui fait de la Caraïbe un espace bien identifiable, mais en réalité marqué par une très grande diversité. Ce premier thème de recherche trouve une cohérence au travers des diverses unités de temps :

    • temps moyens de l’histoire

    • temps courts du présent,


    et d’espaces qu’il implique :
    • espaces emboités : du bassin caraïbe à l’espace régional (notamment celui des entités insulaires), en passant par les multiples configurations de méso-échelle.


    Ce premier thème de recherche se décompose en deux sous-thèmes : le premier intègre le temps comme principale clé d’entrée, mais aussi l’espace au travers de diverses unités territoriales d’études ; le deuxième propose, quant à lui, l’espace comme clé d’analyse, avec toutefois l’incontournable intégration du temps comme seconde variable.
    • Sous-thème 1 : Analyses des territoires et des sociétés du Bassin caraïbe au travers du prisme temporel

    Il s’agit d’analyser les constructions et reconstructions du passé antillais, entre histoire officielle et revendications actuelles, par un travail d’analyse rationnelle de toutes les productions historiques et culturelles, dans la diversité de leurs modes d’expression, des cultures amérindiennes, passées et présentes, aux manifestations actuelles de la créolité dans les sociétés métissées du bassin caraïbe, notamment celles des anciennes colonies françaises.

    Programme 1 : Le phénomène pionnier agro-céramiste dans les Petites Antilles (B. Bérard).

    Programme 2 : Constructions/reconstructions du passé antillais, et héritages de l’esclavage dans le rapport à une culture plurielle (E. Noël, D. Rogers, J.P. Sainton, C. Schnakenbourg, N. Fejic).

    • Sous-thème 2 : Espaces, dynamiques socio-spatiales du Bassin caraïbe et intégrations dans le temps


    Programme 1
     : Intégrations régionales, disparités du Bassin caraïbe et dynamiques migratoires  (M. Burac, A. Calmont, C.Devassoigne, H. Godard, T.Hartog, M. Milia, C. Ranély…)
    Programme 2 : Pratiques sanitaires et sportives aux Antilles, identités caraïbes (J. Dumont, T. Hartog, M. Milia, C. Ranély)

    3. Thème 2 : Patrimoine et Environnement : définitions, préservation, valorisations

    Le Patrimoine et l’Environnement incitent à des démarches scientifiques similaires, ce qui justifie leur intégration commune dans un des deux thèmes de recherche proposés par l’EA. Ils induisent des démarches scientifiques diverses et complémentaires avec des visées précises. Il s’agit d’identifier, de placer dans le temps et l’espace pour :

    -classer,
    - protéger, sauvegarder
    - en obtenir une valorisation aux retombées socioéconomiques positives

    Mais le Patrimoine et l’Environnement sous-tendent aussi mutations, dynamiques, ruptures et résiliences. Se focaliser sur les fractures et les évolutions, amène aussi à mieux comprendre que le Patrimoine et l’Environnement (dans sa valeur patrimoniale) ne sont pas des systèmes figés mais bien mouvants, dont les fluctuations temporelles et spatiales procèdent tant de dynamiques endogènes qu’exogènes dans lesquelles la part de l’Homme est majeure.

    • Sous-thème 1 : Répertoires, définitions et promotions


    Programme 1 : La notion de patrimoine aux Antilles, entre traditions et modernité (D. Bégot, G. Pourchet-Gaillard, C.Schakenbourg)

    Programme 2 : Connaissances et valorisations potentielles des richesses environnementales (R.Bravo, J.R.Gros-Désormeaux, Ph.Joseph, F.Pagney Bénito-Espinal, H.Pascaline, J.Smith-Ravin)

    • Sous-thème 2 : Vulnérabilités, ruptures et résiliences

    Connaître l’environnement et le patrimoine pour mieux le préserver et le valoriser nécessite aussi d’en discerner les éléments de déséquilibres. Ces déséquilibres, à l’origine de dynamiques en constant devenir, peuvent être le fait tant de facteurs naturels qu’anthropiques, la distinction entre les deux étant quelque peu artificielle. Ce second sous-thème entend mettre l’accent sur ces éléments porteurs de ruptures et par là-même, de résiliences.
    Programme 1 : Dynamiques et résilience des  milieux et des sociétés, outils d’observation et d’analyse (F. Dolique, C.Devassoigne, JR Gros-Désormeaux, P. Joseph)
    Programme 2 : Exposition environnementale, pollutions et santé (R.Bravo, H.Pascaline, J.Smith-Ravin, O. François-Haugrin)
    Programme 3 : Analyses en retour des crises, diagnostics des vulnérabilités et études de composantes des risques naturels majeurs (F.Pagney Bénito-Espinal).